Education: la double compétition
3 février 2010 - 15:22
Le débat sur l’éducation au Québec tourne généralement autour de critères devenus classiques: le progrès de la scolarisation chez les francophones (chez les femmes en particulier), la comparaison entre francophones et anglophones. Sur ces critères, l’étude que vient de publier l’Institut de la statistique du Québec (1) confirme de beaux progrès mais aussi une certaine forme de stagnation. Les jeunes adultes (25-34) sont nettement plus scolarisés que les 65 ans et plus. Chez les moins de 45 ans on trouve plus de femmes que d’hommes ayant un taux de scolarité élevé. Dans le cas des personnes faiblement scolarisées, les jeunes générations francophones sont en meilleure position que les anglophones du même âge. Toutefois, dans le groupe des personnes fortement scolarisées (toujours chez les 25-34 ans), les francophones n’ont pas rattrapé leur retard sur les anglophones (24,8% pour les premiers, 34,9% pour les seconds). Mais l’élément le plus nouveau de cette étude et qui va devenir important pour l’avenir du Québec, est la place qu’occupent les allophones (voir le graphique ci-dessous). Si les jeunes adultes anglophones sont en avance sur les francophones, les allophones sont en avance sur les deux autres catégories. Les jeunes Québécois francophones sont donc désormais doublement en compétition, et plus encore avec les allophones qu’avec les anglophones. Le rôle croissant joué par l’immigration dans le développement du Québec devrait renforcer cette tendance dans les prochaines années. L’auteur de l’étude, Yvan d’Amours, avance comme explication à ce phénomène la plus grande mobilité interprovinciale et internationale des allophones. C’est certainement exact, mais l’explication paraît quand même un peu rapide. Aux Etats-Unis, on a observé depuis longtemps à quel point des allophones – d’origine asiatique notamment – étaient surreprésentés parmi les meilleurs étudiants des universités. Une des raisons de ce phénomène est connue: ils ont une intensité de travail souvent exceptionnelle. La comparaison francophones-anglophones est celle qui nous vient spontanément à l’esprit ; elle est le fruit de l’histoire. Mais le Québec change: nous dépendons de plus en plus de populations venues d’ailleurs, qui ont souvent un rapport aux études plus agressif que le nôtre. Voilà qui devrait nous stimuler. Alain-Marie Carron, Céline Huot P.S. Nous ne sommes pas les seuls à devoir retrousser nos manches; la compétition en matière d’éducation est dure pour tout le monde. À la fin du mois dernier, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche français, Madame Valérie Pécresse, recevait un rapport intitulé L’excellence universitaire: leçons des expériences internationales, qui indique que «conscients du risque de décrochage, l’Allemagne, L’Espagne la France et L’Union européenne ont mis en place des initiatives d’excellence». Par «décrochage», les Européens désignent non pas l’abandon des études mais le fait que leurs systèmes universitaires sont de plus en plus distancés par celui des Etats-Unis. En 2007, 39% des personnes âgées de 25 à 34 ans détenaient aux Etats-Unis un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 30% dans l’Union Européenne. (1) La scolarité des francophones et des anglophones, à travers les groupes d’âge, au Québec et en Ontario. Institut de la Statistique du Québec. Télécharger le document ici.
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