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Paul Jorion : le courage des solutions radicales

22 avril 2010 - 13:41

Les organisateurs du Focus avaient demandé à monsieur Paul Jorion de brosser pour les participants un rapide “état des lieux” de la situation économique internationale.

Praticien de la finance mais aussi anthropologue, M. Jorion a cherché à sensibiliser ses auditeurs aux conséquences possibles du poids exagéré de la dette publique dans certains pays.

Prenant l’exemple de la Grèce, qui ne trouve plus à emprunter qu’à un taux de 8%, ce qui alourdira dangereusement le poids de sa dette publique, il a résumé la situation générale dans une formule lapidaire: “les foyers ont longtemps vécu au-dessus de leurs moyens, les banques ont vécu au dessus de leurs moyens, et maintenant les États vivent au-dessus de leurs moyens”.

Il considère que les signaux qui nous parviennent du monde de la finance en ce moment sont inquiétants. L’Allemagne, dont la réputation est solide, n’a pu trouver preneur quand elle a voulu lever trois milliards d’euros sur le marché international.

Des observateurs de réputation mondiale, comme Martin Wolf, le principal éditorialiste économique du Financial Times, sont arrivés ces derniers jours à une conclusion sévère: remanier le système financier international en corrigeant ses imperfections les plus criantes ne suffira pas. Il faudra trouver des solutions “radicales”.

Globalement, selon monsieur Paul Jorion, c’est une forme de révolution qui nous attend, et nous en serons tous les acteurs, meme à notre corps défendant.

“La place de la finance dans l’économie est remise en cause” a-t-il dit,  signalant que dans certains pays, le “secteur financier représentait 41% du PIB, ce qui est excessif”.

“L’augmentation de la masse monétaire dûe aux crédits entraîne avec elle une très grande fragilité”, a-t-il remarqué, au point que dans la crise financière récente les montants en cause ont été si élevés qu’il n’a pas été possible de recourir à la formule des banques de défaisance pour isoler les mauvaises dettes, comme cela avait pu être fait naguère.

Cette exacerbation du poids de la finance dans l’économie reflète, selon lui, un déséquilibre dans la répartition de la richesse qui s’est mis en place, puis alourdi, au cours des quarante dernières années. Alors que les gains de productivité permettaient de créer de la richesse supplémentaire, celle-ci a été davantage captée par les actionnaires et les dirigeants d’entreprises que par la classe moyenne des employés. L’un des effets pervers de cette situation est que l’on a exagérèment facilité aux classes moyennes les conditions de crédit de façon à soutenir leur potentiel de consommation. Avec les résultats que l’on a vu.

Notre monde occidental, a remarqué M. Jorion, est issu d’une société où une classe guerrière contrôlait le travail par la violence. Les biens produits ont été négociés par la classe des marchands, grâce à qui l’argent a acquis progressivement le rôle clé qu’il occupe aujourd’hui dans l’économie, remplaçant la force dans le contrôle du travail.

La société ancienne des guerriers reposait aussi sur une valeur comme l’honneur, dont on peut retrouver l’équivalent dans la notion d’intégrité qui, normalement, préside aux affaires du commerce et de l’industrie.

Quand en voit, a dit Monsieur Jorion, les accusations qui sont aujourd’hui portées contre Goldman Sachs, après d’autres affaires comme celle d’Enron, on ne peut s’empêcher de penser que le garde-fou que représentaient les valeurs d’honneur et d’intégrité a disparu.

Il faudra bien, a-t-il affirmé, revenir à ces valeurs si on veut que nos sociétés retrouvent une direction pérenne.

M. Jorion a conclu en rappelant que dans la société ancienne qui a été au fondement de notre société actuelle, la valeur du courage était, elle aussi, nécessaire.

Pour lui, le Québec a des atouts qui lui permettront de faire face aux temps difficiles qui s’annoncent, pour autant qu’il ait le courage de relever ses défis.

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Commentaires

Carron (Il y a 19 semaines 1 jour)

Merci Monsieur,

j'ai transmis votre première réaction à mes collègues.

AMC

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Latulippe (Il y a 19 semaines 4 jours)

J'analyserai ces propos très sérieux et qui m'apparaissent des plus appropriés de monsieur Jorion avant de transmettre mon commentaire.
PAL

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