Aéronautique : un fleuron du Québec
7 mai 2010 - 13:47
Le secteur aéronautique québécois est à juste titre considéré comme l’un des secteurs industriels les plus dynamiques et compétitifs à l’échelle mondiale et est source de fierté pour les Québécois. Cette perception de la grande compétitivité du secteur aéronautique québécois n’est pas usurpée, comme en témoignent plusieurs statistiques éloquentes. Si le secteur aéronautique canadien se situe régulièrement, depuis plusieurs années, parmi les cinq plus importants producteurs aéronautiques au monde, le Québec y occupe une large part puisqu’il comptait pour environ 60% de la production canadienne de ce secteur en 2009, avec des ventes de produits et services totalisant 12,4 milliards$. Le Québec au 6e rang mondial Le Québec se classe ainsi au sixième rang mondial, derrière les États-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon. Le secteur aéronautique québécois constitue effectivement un moteur de l’économie de la province :
La force de l'industrie québécoise de l'aérospatiale repose sur la présence de plusieurs maîtres d'oeuvre et d'équipementiers de classe mondiale. Plusieurs de ces entreprises sont des leaders mondiaux par les produits qu'elles fabriquent au Québec: Bombardier, dans l'aviation d'affaires et l'aviation régionale, Bell Helicopter, dans les hélicoptères commerciaux, CAE, dans les simulateurs de vol et la formation, ou encore Pratt & Whitney Canada, dans les moteurs pour avions régionaux et d'affaires et pour hélicoptères. Le Québec accueille également de nombreux équipementiers dans une grande variété de domaines majeurs (avionique, trains d'atterrissage, intégration de systèmes, systèmes spatiaux, etc.). Ces grands leaders mondiaux peuvent compter sur la force de plus de 200 PME, sous-traitants ou fournisseurs de produits fabricant, ce qui représente, comme l’écrit le MDEIE: « toute la gamme des spécialités nécessaires à l'assemblage d'un aéronef: de l'usinage de pièces aux logiciels les plus sophistiqués, en passant par le traitement de surface, les matériaux composites, le grenaillage, le prototypage rapide, l'hydraulique, l'avionique et l'électrooptique ». Cette concentration de maîtres d'oeuvre, d'équipementiers et de PME fournisseurs, formant la grappe aéronautique de Montréal, a peu d’équivalent dans le monde. La ville se classe ainsi parmi les grands centres aérospatiaux internationaux, avec Seattle, Toulouse et Wichita. Une grappe industrielle sous pression Si la performance du Québec à l’échelle mondiale se confirme depuis plusieurs années, il faut noter que l’aéronautique demeure un secteur très compétitif tel que le démontre la progression relative de la production mondiale au cours des dernières années. Par exemple, si le Canada se classe au 5e rang en matière de production aéronautique, et que sa croissance des dernières années s’avère excellente, la croissance supérieure de l’Allemagne (8,1%) lui a permis de devancer le Canada au chapitre de la production totale en 2004, écart qui s’est creusé depuis. Cette excellente performance de l’Allemagne découle en bonne partie de l’excellente performance du fabricant Airbus dans le secteur de l’aviation commerciale pendant cette période – ce qui s’est aussi traduit par une excellente performance de la France. Pendant cette période, grâce à sa bonne performance, le Canada a tout de même pu accroître sa part relative de la production mondiale (à plus de 5,2% de la production mondiale); cette croissance du secteur aéronautique canadien s’est accompagnée d’une concentration accrue de l’industrie au Québec, qui comptait en 2005 pour 3,4% de la production aéronautique mondiale. Par ailleurs, si la production québécoise a connu une bonne croissance pendant la période considérée (de 1997 à 2005), on note qu’après le sommet atteint en 2001 pour l’ensemble des principaux producteurs mondiaux, la croissance québécoise tarde à rejoindre ses principaux compétiteurs, sa production en 2005 n’ayant pas encore rejoint son sommet de 2001. Une caractéristique marquante de l’industrie pendant cette période: cette hausse de la production québécoise ne s’est pas accompagnée d’une hausse de l’emploi – on peut tout au plus parler d’une relative stabilité entre 2001 et 2007. Si l’aéronautique canadienne est concentrée au Québec, c’est dans la grande région métropolitaine de Montréal que se retrouve la masse critique des entreprises, ce qui positionne ainsi la région parmi les pôles d’excellence mondiaux en aéronautique. Cette concentration géographique découle d’une logique selon laquelle la proximité des fournisseurs a pu traditionnellement constituer un facteur de compétitivité de la grappe industrielle – la présence de l’ensemble des acteurs de la chaîne de conception et de fabrication en un même lieu permettant de réduire les coûts de transaction et de créer une masse critique d’expertise technologique et de compétences. Force croisssante des compétiteurs étrangers Le tissu industriel de l’aéronautique québécoise se caractérise donc par la présence d’un petit nombre de maîtres d’oeuvre, de quelques équipementiers intégrateurs et d’une multitude de petits fournisseurs. Si cette distribution des fournisseurs et leur relative concentration géographique semblent témoigner naturellement des relations étroites qui se tissent entre les fabricants et leurs fournisseurs, on observe cependant que ce niveau d’intégration présente des défaillances qui constituent, depuis plusieurs années, une des menaces les plus importantes qui planent sur le développement de cette grappe industrielle au Québec. Au fil des dernières années cependant, plusieurs facteurs sont venus créer une pression importante sur la chaîne de production, qui s’est de plus en plus mondialisée, créant un environnement plus compétitif pour les fournisseurs locaux. Les progrès des pays émergents en matière de fabrication aéronautique, alimentés en partie par une amélioration significative de la qualité de leur main-d’oeuvre, ont favorisé l’émergence d’une compétition outre-frontière, autant au niveau des grands fabricants que des intégrateurs et sous-traitants. Ce phénomène est significatif pour l’économie du Québec. Ainsi, entre 1997 et 2006, la proportion de la production manufacturière correspondant à la valeur ajoutée a diminué significativement, et de façon constante; sur une base annuelle, ce sont plusieurs centaines de millions de dollars qui ont ainsi été confiés à des sous-traitants externes. Les importations du secteur ont ainsi augmenté de 24% au cours des 8 dernières années pour atteindre 5,9 milliards$ en 2008. La balance commerciale québécoise s’est donc détériorée de 30% au cours de cette période. Ce déplacement de la production se reflète aussi dans la variation du nombre d’entreprises spécialisées dans le secteur aéronautique puisque, entre 2001 et 2007, en dépit d’un accroissement absolu de la production québécoise, le nombre d’entreprises a diminué de 4,4% (TCAM), touchant essentiellement les petites entreprises de moins de 19 employés. Si cette perspective est préoccupante, on doit reconnaître que la mondialisation de la chaîne de production aéronautique présente aussi des occasions d’affaires, et ce en dépit de la hausse du dollar canadien, qui est venue influer sur la compétitivité des fabricants québécois au cours des dernières années. Ainsi, quelques fabricants québécois ont su tirer profit de ce contexte et développer des relations privilégiées avec les grands fabricants américains ou européens, en mettant de l’avant leurs capacités d’innovation et de gestion de la chaîne d’approvisionnement, de même que leur maîtrise de technologies de fabrication évoluées.
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