PME et stratégie d'internationalisation
Louis Raymond, Ph.D., est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la performance des entreprises, Institut de recherche sur les PME, à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il a apporté sa contribution au Focus Stratégique Québec 2010 par un article sur les PME Québécoises intitulé "Développer ses capacités stratégiques face à la mondialisation". Cet article figurait dans le cahier remis aux participants du Focus. Nous le publions ici dans son intégralité. Résumé Pour fins de réflexion, ces défis sont axés sur le développement des capacités stratégiques des PME et se déclinent en quatre thèmes inter-reliés, soit la gestion de l’innovation, la gestion de l’internationalisation, la gestion de la réticularisation et la gestion stratégique des ressources humaines. Introduction Cette mutation profonde de l’environnement d’affaires doit aussi être assumée par les organismes publics, parapublics et privés, qui constituent « l’infrastructure du développement » des PME (centres de recherche et de transfert, antennes de veille, agences gouvernementales, entreprises de services), et qui leur apportent du soutien sous forme de politiques, de programmes, de méthodes, d’outils, de biens et de services. Or, il est essentiel pour ces derniers d’être en mesure de détecter les tendances et de comprendre les enjeux stratégiques qui découlent d’une économie du savoir mondialisée. Eu égard à la mission de développement économique et de soutien aux PME dévolue à différents intervenants et organismes régionaux, nationaux et internationaux, le présent document propose un cadre de réflexion relatif à l’enjeu majeur que constitue la dynamisation de la croissance et de l’excellence des PME québécoises, et ce, face aux impacts actuels et potentiels de l’émergence d’une économie du savoir mondialisée sur les facteurs de compétitivité de ces entreprises. Ce cadre de réflexion devra être compris dans une perspective répondant aux préoccupations suivantes :
Cadre de réflexion sur les défis de gestion des PME québécoises
Les PME sont censées développer leurs capacités stratégiques pour survivre et prospérer, soit la capacité d’innover dans leurs produits et services, leurs procédés et leurs façons de faire, de s’internationaliser sous diverses formes, de développer leurs réseaux intra- et inter-organisationnels, d’assimiler les technologies d’information, de communication et de production appropriées à leur stratégie et de développer leur capital humain et leur savoir. Pour atteindre une performance « de classe mondiale », ces entreprises doivent s'adapter à la complexité du nouvel environnement d'affaires et être cohérentes dans leurs tentatives de maîtriser cette complexité en développant les capacités requises pour atteindre leurs objectifs stratégiques. Figure 1 - Défis de gestion des PME québécoises dans un environnement mondialisé La question qui sera l’objet de réflexion est la suivante: quelles sont les capacités stratégiques que doivent acquérir et développer les PME manufacturières, technologiques et de services industriels québécoises pour atteindre des niveaux de performance qui les qualifient en tant qu’entreprises « de classe mondiale », c’est-à-dire comment ces entreprises peuvent-elles devenir des PME « innovantes », « internationales », « étendues » et « apprenantes »? Tel qu’illustré à la Figure 2, une connaissance plus approfondie de la performance et de ses déterminants doit éventuellement être transférée aux PME et assimilée dans leurs processus d'affaires sous forme de pratiques de gestion améliorées ou transformées. Le premier type de pratiques inclut principalement la mise en œuvre de la stratégie de l'entreprise (gestion de la performance) sous forme de développement de son capital humain et intellectuel, de développement de ses produits et services, de ses procédés, de son organisation, de ses marchés et de ses réseaux sous forme de pratiques entrepreneuriales liées à l’innovation, à l’internationalisation, à la réticularisation et à la performance de l'entreprise. Le deuxième type correspond aux pratiques de repérage, de collecte, de mémorisation, de traitement et de diffusion de données, d'information et de connaissances nécessaires aux opérations, à la gestion et à la prise de décisions. Basées sur l'utilisation massive des technologies de l'information (TI), et en particulier de l’Internet, ces pratiques conduisent l'entreprise à « virtualiser » ses processus et ses relations d'affaires. Les pratiques d'opération quant à elles régissent essentiellement les processus d'approvisionnement, de production et de distribution des biens et services offerts par l'entreprise, et de service après-vente. Faisant face aux exigences accrue de la clientèle (qualité et personnalisation du produit et du service), les PME sont appelées à intégrer et transformer leurs processus d'affaires par l’adoption de technologies de fabrication de pointe (TFP). Figure 2 - Capacités stratégiques en tant que facteurs de développement de la performance des PME québécoises
Gestion de l’innovation Les activités de R-D peuvent être stratégiquement utiles autant au développement de produits qu’au maintien ou à l’extension des compétences de l’entreprise en matière de traitement et d’exploitation de l’information externe. Ces activités permettent de créer un climat propice aux remises en question, favorisant les capacités de l’entreprise à intégrer de nouveaux concepts et à s’adapter aux conditions changeantes des marchés. Un autre déterminant de l’innovation est lié au capital social de l’entreprise, ou encore son habileté à nouer des relations profitables et pérennes avec des partenaires d’affaires tels que les clients, fournisseurs, consultants ainsi que des universités et centres de recherche. Pour les PME, internaliser l’innovation technologique et le développement de produits peut être coûteux et difficile étant donné les ressources et compétences nécessaires, justifiant ainsi le besoin de coopérer avec d’autres organisations. Les entreprises aptes à innover et à développer une capacité de veille technologique, commerciale et concurrentielle construisent des relations à long terme solides et présentent de meilleures capacités d’adaptation et d’ajustement aux besoins du marché. Les PME utilisent ainsi leurs capacités réticulaires pour combler leurs lacunes en termes de connaissances utiles à l’innovation. Ces collaborations visent à réduire l’incertitude et à réaliser certaines économies d’échelle ou de diversification. Gestion de l’internationalisation Outre les capacités d’innovation en termes de nouveaux produits et de commercialisation de ces produits, l’internationalisation des PME québécoises requiert des capacités d’adaptation de leurs activités d’exploitation à l’environnement international, des capacités de réaction reliées à la flexibilité de leur appareil productif ainsi que des capacités de réponse à la clientèle axées sur leur proximité des marchés étrangers. Cela inclut aussi les capacités réticulaires mentionnées précédemment, soit des capacités relationnelles et de réseautage qui « étendent » les frontières de la PME, ainsi que des capacités de GSRH qui contribuent à la préservation du savoir de l’entreprise et au développement de ses autres ressources et compétences. Gestion de la réticularisation Une autre dimension de la réticularisation de l’entreprise relève de sa capacité de gestion relationnelle, et ce, relativement à la formation d’alliances et à la création de réseaux, à l’utilisation et au développement de ses réseaux pour accroître son capital social, et à l’apprentissage organisationnel résultant du partage d’information, du transfert de connaissances et de la diffusion de l’innovation au sein d’un réseau. Gestion stratégique des ressources humaines Enfin le contexte démographique actuel des pays industrialisés fait en sorte que la moyenne d’âge des travailleurs augmente continuellement, tandis qu’il y a de moins en moins de jeunes faisant leur entrée sur le marché du travail. Les organisations se livrent une lutte serrée en vue d’attirer et de conserver les ressources humaines qualifiées et le risque encouru par les PME québécoises est considérable: elles pourraient se retrouver à court de capital humain. Face à ce nouveau contexte, les dirigeants de PME doivent réviser leurs pratiques de gestion des ressources humaines pour être plus en mesure de « livrer bataille » aux grandes organisations, car certaines pratiques de GSRH sont aptes à contribuer de façon significative à la satisfaction, à l’engagement et à la fidélisation des employés, et ainsi à la productivité et à la performance sociale de ces entreprises. Conclusion |