IntroductionPour servir de toile de fond à un exercice de réflexion sur le Québec, une présentation des grandes tendances mondiales était nécessaire; c’est l’objectif de ce document. Il fallait trouver un cadre pour donner forme à ce projet : nous avons retenu les catégories que SECOR et HEC utilisent chaque année dans une autre réunion de réflexion, l’événement SPECTRE, au cours duquel un groupe d’experts débat en public durant une matinée sur sept grands dossiers de la société québécoise : le Social, le Politique, l’Économique, la Culture, la Technique, la Réglementation, l’Environnement. Nous avons découpé ces sept parties en sections qui correspondent chacune à un thème, chaque thème recouvrant un nombre variable de concepts ou d’informations clés. C’est déjà beaucoup demander aux participants au Focus Stratégique Québec 2010, car il faut du temps pour lire et assimiler ce contenu. Mais c’est aussi très peu, une goutte d’eau dans la mer par rapport à la complexité du monde d’aujourd’hui. Nous sommes conscients qu’il y avait une infinité de sujets possible et aucun qui puisse être traité à fond en quelques pages. Avec les responsables du contenu du Focus Stratégique 2010 nous avons identifié de nombreux sujets qui auraient mérité d’être traités mais auxquels il a fallu renoncer faute de place et faute de temps. Pour une prochaine mise à jour, nous invitons d’ailleurs tous les lecteurs qui pensent que tel ou tel sujet aurait dû « absolument » figurer dans le texte à nous envoyer leurs suggestions par l’intermédiaire du site internet dédié à l’événement. Ce document n’a donc aucune prétention à l’exhaustivité. Il s’efforce simplement de mettre en lumière des tendances mondiales qui ont ou auront une incidence sur le Québec. Ces grandes tendances de nature diverse sont à un stade de développement plus ou moins avancé selon les pays et les cultures : avoir une idée claire de la manière dont elles apparaissent et se développent ailleurs nous aide à mieux penser l’avenir du Québec. Les sciences quantitatives et l’informatique incitent parfois à croire que tout se mesure et peut donc être modélisé : on entre les données dans la machine et celle-ci nous ressort un « état du monde » impeccable, avec une marge d’erreur inférieure au micron… La réalité est évidemment un peu différente. La machine à modéliser le monde n’étant pas disponible, il faut en revenir à une approche qualitative et donc en partie arbitraire, et assumer ses choix. Il existe une masse considérable d’études globales ou spécialisées sur l’état du monde, constamment mises à jour; le tout constitue un bon garde-fou pour quiconque essaie de cerner les grandes tendances mondiales. Le forum économique de Davos développe et en même temps affine son analyse du monde contemporain depuis trente ans. La Banque mondiale, les Nations-Unies et les organisations qui en dépendent, l’OCDE et l’Union européenne, les nombreux thinktanks américains (Peterson Institute, Hudson Institute, etc.) ou européens (Institut Breugel), les grands cabinets conseils internationaux (BCG, McKinsey, Ernst & Young), les départements d’études et d’analyses stratégiques des grandes banques, des grands journaux ou périodiques comme le Financial Times ou The Economist : tous brassent en permanence des milliers d’informations qu’ils restituent et mettent en perspectives dans leurs différents rapports. À cela s’ajoute les livres publiés par des experts de classe internationale qui éclairent l’évolution du monde actuel. S’il n’y a pas toujours un consensus sur l’interprétation il y en généralement un sur ce qui fait problème ou mérite d’être étudié. Sur cette base documentaire il restait à sélectionner les analyses qui nous paraissaient pertinentes, à les synthétiser et à les restituer de manière claire et, si possible, agréable à lire. Par ailleurs, aussi objectif que l’on s’efforce d’être, rendre compte c’est toujours interpréter. Ce document expose les analyses des spécialistes de chaque sujet, mais sans s’interdire un effort d’interprétation qui permet de donner du sens et une perspective aux problématiques abordées. Cet éclairage est la contribution de SECOR à une mise en perspective des tendances mondiales, avec pour objectif de nourrir le débat autour de chacun des thèmes retenus. Certains sujets paraitront plus connus pour le lecteur, comme l’environnement ou la démographie. D’autres sont plus techniques, comme le déséquilibre des échanges ou le rapport entre la monnaie chinoise et le dollar. Ce second sujet est très circonscrit, mais son incidence, puisqu’il s’agit du dollar américain, est importante pour le Québec. Le déséquilibre des échanges a joué un rôle dans la crise dont nous sortons et demeure une des grandes fragilités de notre voisin américain; il nous concerne donc aussi au premier plan. Le coût du travail dans le monde et la formation des travailleurs sont des tendances qui pèsent et pèseront sur la société québécoise. Dans le domaine culturel, l’interprétation des grands courants est complexe et certainement pas unanime. Nous avons choisi comme fil conducteur la notion d’hyper modernité, qui est l’une des grilles d’analyse de l’évolution de nos sociétés. Ce sujet est d’ailleurs un bon exemple de ce que l’on peut attendre d’une analyse des tendances mondiales. Dans ce cas particulier, il se trouve que le modèle d’interprétation le plus élaboré est développé par des auteurs Français, alors que cette tendance s’observe un peu partout dans le monde. Pour le Québec, qui a tous les symptômes de l’hyper modernité, il est utile de savoir ce qui se passe ailleurs et comment on l’explique. Dans le domaine des échanges internationaux nous avons mis en avant la montée en puissance des pays asiatiques, qui redessine progressivement la carte économique mondiale, avec un transfert du barycentre du monde (centre théorique de la puissance économique) qui se déplace de l’espace nord-atlantique vers l’Eurasie. Dans le domaine de la géopolitique et la réglementation, nous avons analysé l’affaiblissement relatif du rôle d’hyper puissance des États-Unis et souligné l’importance, souvent sous-estimée, de l’Union européenne. En décidant d’organiser le Focus Stratégique 2010 du Québec, SECOR et ses partenaires se sont lancés dans un projet aussi passionnant qu’exigeant. Ce document est l’une des pierres de l’édifice; il n’apporte pas un éclairage sur tout ce qui est important, mais notre conviction est que tout ce qu’il éclaire est important. Alain-Marie Carron
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