Focus Stratégique Québec 2010 : une stratégie pour le Québec
ACCUEIL À PROPOS DU FOCUS COMPRENDRE COMMENTER
COMPRENDRE
GRANDS TEMOINS
Marcel Côté
Sylvie Bovet
Julie Lessard
Guy Leblanc
Marcel Côté - 2
CONTRIBUTIONS
PME et internationalisation / Louis Raymond
Education /Yvon Boudreau
Formation continue/ CRHA
La Santé / AMQ
LE QUÉBEC DANS LE SPECTRE MONDIAL
Introduction
Table des matières
Résumé
QUÉBEC 2010, PORTRAIT SANS COMPLAISANCE
Introduction
Education
Etat démographique
Etat de santé du Québec
Finances publiques
Infrastructures Télécom
Infrastructures : construction et transports
Innovation
Dette publique
Gouvernance
Capital naturel
Marché du travail
Performance du Québec
Système financier
Valeurs de la relève
Valeurs sociales
LE DIAGNOSTIC
Introduction
Résumé du diagnostic
Les juridictions de comparaison
LES ENJEUX
Deux listes préliminaires
1 priorité, 3 leviers, 10 défis
Le Québec se cherche
L'ÉVÉNEMENT
Programme de la journée
Communiqué de presse du 10 février 2010
Communiqué de presse du 27 janvier

Résumé : un monde F.I.P

Divisé en sept parties et plusieurs dizaines de sections, Le Québec dans le spectre mondial identifie plusieurs centaines de phénomènes porteurs d'avenir, dont certains auront un impact important sur le Québec. Il est parfois utile d'être réducteur pour mieux comprendre. C'est pourquoi nous vous proposons en synthèse une grille de lecture du monde actuel qui tient en trois mots : Fragmentation, Intégration et Polarisation.

Nous avons regroupé les différents éléments du document autour de ces trois idées avant de donner le résumé de chaque partie.

  • Fragmentation

La fragmentation s’entend comme une tendance dans plusieurs domaines à ce que les choses, les faits, les personnes, les relations se morcèlent, perdent de leur cohésion et de leur cohérence. La fragmentation se manifeste aussi par l’accentuation des disparités préalablement existantes.

Les faits :

Fragmentation dans les tendances démographiques :

– L’écart croissant entre les pays développés et vieillissants et les pays émergents encore dotés d’une grande vitalité démographique.

– Des pays « producteurs » et bassins de main-d’œuvre côtoient des pays qui cherchent désespérément de la main-d’œuvre, qualifiée ou non.

– Le coût du travail : un écart marqué qui se maintient entre les pays riches et les pays émergents.

– Une disparité croissante dans l’accès aux soins de santé et aussi dans leur qualité.

Fragmentation géopolitique d’un nouveau style :

– Une fracture du monde en trois zones géo-émotionnelles : l’empire asiatique de l’espoir, la peur en Occident et un Islam humilié.

– L’émergence de nouveaux états (Europe Centrale et de l’Est) et la montée vers la souveraineté de certaines juridictions (Catalogne, Écosse, etc.).

Fragmentation économique et monétaire :

– Le déséquilibre croissant du flux des échanges.

– La montée de nouvelles devises qui mettent à mal l’étalon dollar (renminbi chinois, euro).

– L’émergence de forces non politiques qui influent sur le cours du monde et les décisions politiques comme les grandes entreprises et les fonds souverains.

Fragmentation des liens sociaux :

– La revendication de la diversité culturelle et la vivacité des cultures locales.

– La montée de l’individualisme et l’éclatement des structures sociales classiques (famille, voisinage,
école, etc.).

– Dans le marketing la fragmentation se manifeste par la segmentation active et par l’obsolescence rapide des produits et services.

– Dans l’apprentissage et les attitudes : une difficulté croissante à se concentrer et le besoin de faire plusieurs choses à la fois.

– Sur Internet : la montée du blogue et de la mise en image de soi.

– Dans les relations sociales : une mise de l’avant des différences et une revendication de la différence (la plus récente étant la constante mise en avant médiatique des différences générationnelles, qui ont sans doute toujours existé).

Fragmentation liée à l’éclatement des monopoles et l’intensification de la concurrence :

– La longue période de dérégulation puis de déréglementation dans les services d’infrastructures, de télécommunications puis dans le domaine financier.

Les aspects positifs de la fragmentation :

– Dans les sciences, la fragmentation a un aspect positif par le biais des nanotechnologies, des traitements génétiques.

– La diversification des sources d’énergie est aussi une forme, positive, de fragmentation.

La fragmentation peut avoir des effets bénéfiques, mais elle contribue aussi à morceler les sociétés et à créer des clivages de plus en plus nombreux, sources de conflits ouverts ou larvés.

La fragmentation contribue à cette impression de manque de repères dont souffre la personne hyper moderne; elle est involontairement génératrice de malaise.

Mais elle est compensée par une tendance inverse qui joue un effet de balancier, l’intégration.

 

  • Intégration

L’intégration s’entend comme une tendance à ce que les choses, les faits, les personnes, les relations se rapprochent, unissent leurs efforts et cherchent à créer de la cohérence dans l’action. L’intégration touche aussi bien les personnes que les groupes, les organisations et les juridictions.

Fondamentalement, l’intégration est le résultat de, et la condition nécessaire à la mondialisation.

Les faits :

Une tendance lourde, la démographie :

– Le monde vieillit partout et la croissance démographique ralentit dans le monde entier.

– Les mouvements migratoires assurent une dynamique positive pour les pays d’émigration et d’immigration.

– Globalement, le monde est en meilleure santé.

 

Une intégration politique progressive :

– Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des ensembles supranationaux se sont mis en place, dont le plus abouti est l’Union européenne.

– De grands espaces de libre-échange se sont aussi mis en place (ALENA, etc.)

– On assiste à la mise en place d’une gouvernance mondiale sur des enjeux mondiaux :

risques de pandémie

rôle accru de l’OMC, du FMI, etc.

environnement

migrations

 

L'intégration des échanges mondiaux :

– La crise nous a montré à quel point les économies sont intégrées et la vitesse de diffusion de la pandémie « subprimienne ».

– Les échanges irriguent la Terre et sollicitent une industrie du transport de plus en plus intégrée.

Les nouveaux liens sociaux d’intégration : liens sociaux et opinion publique mondiale.

– Les menaces sur l’environnement, voire la vie sur Terre, sont perçues par tous, signe de la montée d’une opinion publique mondiale.

– Internet et l’américanisation de certains médias culturels contribuent à cette constitution d’une opinion mondiale.

– Si les familles éclatent, elles se recomposent vite et les gens vivent activement dans des réseaux d’intégration virtuels (les fameux réseaux sociaux).

L’intégration est le ferment nécessaire à la cohésion des actions dans un monde où la globalisation touche les marchandises, les personnes, les capitaux et les informations.

L’intégration est un processus en marche qui se cherche et évolue en même temps et en réaction à la fragmentation évoquée. Elle provoque aussi une fragmentation accrue, on le voit bien avec les TIC, plus elles sont intégrées et facilitent les communications, plus elles encouragent la fragmentation. On observe bien ce phénomène avec les télévisions par câble et satellite, la baladodiffusion, etc.

  • Polarisation

La polarisation s’entend comme une tendance mondiale qui aboutit à la constitution de pôles; c’est-à-dire d’ensembles plus ou moins homogènes qui sont composés de fragments d’ensembles ou d’individus ayant des affinités temporaires ou permanentes.

Les pôles sont parcourus par des courants d’intégration et de fragmentation, et sont en équilibre instable. La polarisation est le résultat de l’équilibre entre fragmentation et intégration.

Les pôles peuvent être associés à des territoires, mais aussi à des communautés d’intérêts sans aucune base territoriale (l’Union européenne, l’espace économique nord-américain, la zone de coprospérité sud-asiatique, l’OTAN, les cartels comme l’OPEP, les clubs d’affinités).

La polarisation s’inscrit dans l’espace économique comme le montre la carte suivante. On observe que le poids économique du monde se répartit entre trois grands pôles : Amérique du Nord, Union européenne et Asie-Pacifique. On observe aussi que le centre de gravité du monde (économiquement s’entend) se déplace vers l’Eurasie.

Dans les domaines culturel et social, la polarisation s’exprime par :

-  un accroissement des inégalités de revenus;

- l’émergence de zones internes de non-droit (les banlieues);

- dans l’éducation : des phénomènes antinomiques : montée de la scolarisation et de l’analphabétisme en parallèle;

-  un Sud producteur de main-d’œuvre et un Nord consommateur de main-d’œuvre;

- des rigidités sociales liées à la montée de l’intégrisme religieux de toutes formes et au combat pour la laïcité dans les démocraties occidentales.

Dans le domaine des ressources, la polarisation se perçoit au travers de l’inégale distribution des ressources et de phénomènes pas nécessairement militaires mais qui prennent souvent le nom de « guerres » :

- bataille de l’eau;

- bataille du gaz (contrôle des ressources minières et énergétiques par la Russie).

Dans le domaine réglementaire, la polarisation se traduit bien par les mesures protectionnistes comme les normes dans l’UE (qui finissent par s’imposer mondialement), les barrières tarifaires (comme le « Buy American Act »), etc.

La polarisation explique pourquoi on ne peut pas parler de déclin de l’empire américain, mais d’une nouvelle distribution des cartes dans le monde.

La polarisation est la cause de conflits larvés nombreux (à l’OMC par exemple), mais aussi l’explication des revendications croissantes de certains pôles pour accéder à des instances de gouvernance mondiale (G8 à G20).

Le résumé des 7 parties du Québec dans le spectre mondial

  • Première partie : LE SOCIAL

Démographie

La croissance mondiale ralentit.

Deux profils démographiques qui s’opposent : là où les « vieux » pays du Nord ont une démographie anémique et vieillissent, les « jeunes » pays du Sud ont une démographie dynamique, caractérisée par l’importance du nombre de jeunes. Conjuguée à un puissant décollage économique, cette démographie devient pour eux un avantage concurrentiel important.

Le vieillissement des pays avancés crée des problèmes de croissance et de paiement des retraites.

La diminution de la population active dans les « vieux » pays entraînera un allongement de la durée de vie au travail et un recours accru à l’immigration.

Main-d’œuvre et travail

L’Asie apparaît comme le bassin de main-d’œuvre de la planète à l’horizon des 20 prochaines années.

L’Afrique, dont la population aura doublé, pourrait prendre le relais comme source de main-d’œuvre.

L’écart du coût du travail restera durablement favorable aux pays émergents, même s’il a tendance à se rétrécir.

Certains pays émergents consacrent des montants énormes pour améliorer l’éducation de leur population et la formation de leurs élites. Ils ont déjà le nombre pour eux, ils auront bientôt des diplômés équivalents en qualité à ceux des pays développés.

Migrations

Dans un monde de plus en plus ouvert les flux migratoires ont formidablement augmenté au cours des 20 dernières années.

Les flux migratoires prennent différentes formes, si la migration économique reste la motivation fondamentale dans les nombreux pays pauvres, d’autres formes prennent de l’ampleur (travail partiel, rapprochement familial, migration étudiante, demandeurs d’asile dont l’asile climatique).

L’immigration illégale est un enjeu majeur pour les pays ayant une frontière avec les pays pauvres.

Le vieillissement de la population des pays développés et la faible natalité imposeront un recours accru à l’immigration pour entretenir le développement de l’économie.

Santé

Globalement, le monde est en bien meilleure santé qu’il y a trente ans.

La santé est devenue un casse-tête économique et politique dans tous les pays avancés, qui y consacrent une part toujours croissante de leur PIB. La guerre idéologique entre soins privés et soins publics règne partout (on en a un bon exemple aux États-Unis) et conduit à abandonner les systèmes de soins universels (l’offre est segmentée selon la capacité à payer), ce phénomène a plus ou moins d’ampleur selon les pays.

Cinq insuffisances des modèles de santé sont observées : relation inverse en matière de soins (les soins profitent plus à ceux qui en auraient le moins besoin), la santé facteur d’appauvrissement des personnes (à cause du coût et du manque de couverture), soins fragmentés et fragmentaires (offre de soins se fragmente en spécialisations), les systèmes de santé créent des risques (exemple les maladies nosocomiales) et des soins trop ciblés sur le curatif au détriment du préventif.

Quatre tendances lourdes :

– Les risques de pandémie mondiale

– L’obésité

– Le tourisme médical

– Le financement des systèmes de santé est au bord de l’éclatement.

  • Deuxième partie : LE POLITIQUE

Géopolitique des émotions et zones de tension

Trois émotions se partagent le monde selon le journaliste André Moïsi : l’espoir, l’humiliation et la peur. Schématiquement, l’espoir est en Asie, l’humiliation dans les pays arabes, la peur dans les pays occidentaux. L’intérêt de cette représentation tient à un ressort psychologique fort simple, que l’on peut observer dans n’importe quelle cour d’école : avoir confiance en soi donne des ailes et incite à entreprendre; le sentiment d’humiliation nourrit le ressentiment et peut pousser à des actes autodestructeurs; la peur paralyse et inhibe la volonté d’entreprendre et la créativité.

10 zones de tensions vraiment significatives existent dans le monde et ce ne sont pas toujours celles auxquelles on pense : l’Asie centrale, l’Océan Atlantique, le détroit de Malacca, le golfe Persique, la mer Méditerranée, la Palestine, les Balkans, l’isthme de Panama, le Pôle Nord et le Pôle Sud.

Le déclin de l’empire américain

Pour certains auteurs, il n’y a pas de déclin, les États-Unis restent «  la puissance par défaut », massivement plus puissants que quiconque en termes militaires.

D’autres pensent que ce déclin est réel et déjà largement entamé : les États-Unis n’ont plus les moyens de leurs ambitions et s’en prennent à des puissances médiocres pour faire croire à un monde en péril qui aurait encore besoin d’eux.

D’autres encore pensent que les États-Unis conservent une avance considérable dans plusieurs domaines – militaire, innovation, éducation supérieure – mais qu’une partie du monde, notamment l’Asie, commence à se désintéresser des États-Unis.

En Asie, des observateurs de haut niveau affirment que le temps des États-Unis et de l’Occident est passé. Disqualifié par ses erreurs géopolitiques et économiques, l’Occident devra tôt ou tard passer la main et concéder l’essentiel du contrôle mondial aux pays asiatiques.

Quelle que soit la thèse, le poids relatif de l’Amérique du Nord dans le monde économique, démographique et politique tend à reculer.

L’Europe, un géant qui grandit lentement

De crise en crise, l’Union européenne est quand même parvenue en 30 ans à créer un ensemble géopolitique sans équivalent dans l’histoire de l’humanité.

Si son poids politique reste faible, son poids économique en fait l’égal des États-Unis.

L’élargissement de l’Europe est un défi constant à la cohésion de l’ensemble, mais l’Union européenne est un puissant attracteur (la volonté d’adhérer de la Turquie en est un bon exemple).

La signature du traité de Lisbonne devrait donner un peu plus de consistance politique à cette construction supranationale.

De l’économie dans la géopolitique

La mondialisation est l’un des phénomènes les plus importants de l’époque contemporaine. Elle transforme en profondeur la vie des entreprises, qui grâce à elle, accèdent à tous les marchés sur la planète, mais voient en contrepartie venir des concurrents de partout.

La globalisation permet aux entreprises de fonctionner dans plusieurs pays à la fois, en distribuant leurs activités au mieux de leurs intérêts. L’entrepreneur de 2010 doit avoir une vision géostratégique autant qu’un bilan financier sain.

Les grandes multinationales jouent un rôle croissant dans la vie mondiale, dessinant une « géopolitique des entreprises» à côté de la géopolitique des États. Mais elles créent aussi des risques majeurs comme la propagation de la crise financière en 2007/2008 et n’ont pas eu les moyens de régler les problèmes qui se sont retrouvés dans la cour des États/Nations tant décriés deux ans avant la crise.

  • Troisième partie : L’ÉCONOMIQUE

La sortie de crise

La reprise a commencé, mais elle sera probablement plus lente que prévue, avec un niveau de chômage qui restera élevé dans les deux prochaines années.

La question de savoir si les banques ont réellement achevé d’assainir leur bilan peut encore se poser.

De nombreux pays vont se trouver pris avec les conséquences des mesures de relance d’une importance sans précédent qui ont été prises pour éviter au système financier de sombrer : comment résorber les déficits budgétaires? Dans beaucoup de pays le recours à l’impôt présente des risques sociaux; dans tous les pays, le recours – plus ou moins déguisé – à l’inflation est tentant mais dangereux.

Il existe un risque de scénario à la japonaise : ni une reprise en V ou en U, mais plutôt en L, c’est-à-dire une stagnation prolongée.

Une question de fond demeure sans réponse à ce jour : le capitalisme occidental va-t-il continuer de reposer sur la spéculation financière et une consommation toujours croissante? Si tel est le cas, il faut se demander quand aura lieu la prochaine crise.

Le poids du déséquilibre des échanges

Un cercle vicieux : les excédents commerciaux des pays exportateurs et le déficit commercial des pays largement importateurs - au premier rang desquels les États-Unis – ont créé un cercle vicieux qui est reconnu aujourd’hui pour être l’une des causes de la crise.

Des mesures correctives qui tardent : la correction de ce déséquilibre est devenue la pierre d’achoppement des relations entre pays avancés et pays émergents. Si ceux-ci exportent moins mais développent leur consommation intérieure, les pays avancés verront leur déséquilibre commercial baisser. La Chine aurait moins de dollars à investir dans les bons du Trésor américain, ce qui, réduisant le niveau de liquidités disponibles aux États-Unis, réduirait d’autant la possibilité de lancer des opérations financières hasardeuses ou de prêts immobiliers mal garantis.

L’étalon dollar : chronique d’une fin annoncée

– Le rôle de monnaie de réserve joué par le dollar lie solidement le reste du monde aux États-Unis, et les efforts de la Chine et d’autres pays émergents pour utiliser davantage d’autres monnaies ou les droits de tirage spéciaux du FMI sont encore balbutiants.

– La Chine rêve de se soulager partiellement de sa dépendance vis-à-vis du dollar US, mais ne souhaite pas réévaluer sa devise. Le débat sur la sous-évaluation du yuan est une pomme de discorde entre la Chine, les États-Unis et l’Europe. Les dernières études d’experts évaluent cette sous-évaluation à -20 % par rapport au dollar. Depuis la crise financière, le renminbi est de facto de nouveau aligné sur le dollar US. Une réévaluation significative du yuan se traduirait par la fermeture de milliers d’usines en Chine et une montée du chômage politiquement difficile à gérer pour le gouvernement chinois.

– L’euro prend une place croissante dans les réserves des banques centrales et dans les flux de transactions commerciales et financières.
Tour d’horizon : le monde après la tourmente

Les pays qui ont été les moins touchés par la crise sont ceux qui n’avaient pas importé chez eux les acrobaties financières chères à Wall Street, ceux dont les déficits publics étaient sous contrôle et qui avaient pu accumuler d’importantes réserves de change.

À l’inverse, mais pour des raisons différentes, des pays comme le Japon et la Russie se trouvent dans une situation difficile. Le Japon, largement dépendant de ses exportations, a connu une chute de son PIB sans équivalent depuis la Seconde Guerre mondiale. Un système économico-politique sclérosé ne lui permet pas de rebondir. La Russie est dans une situation chaotique que ses revenus triés du pétrole et du gaz masquent de plus en plus difficilement.

Les États-Unis vivent avec un déficit public monumental, qui n’est pas ingérable en soi, mais fait toujours craindre que l’inquiétude à son sujet n’amène les investisseurs mondiaux à s’écarter des États-Unis, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques intérieurement mais aussi dans l’équilibre géopolitique mondial. Les ménages américains ont commencé à réduire leur endettement, ce qui est un élément positif, mais ralentira aussi le rythme de la croissance à venir dans la mesure où celle-ci dépend de la consommation. Si la consommation devait rester la locomotive de la croissance américaine, la seule voie à envisager, selon McKinsey, serait d’augmenter les revenus des ménages américains. Un objectif difficile à concrétiser dans un contexte mondial de pression à la baisse sur les prix et les salaires. Les experts aimeraient voir l’économie américaine se réorienter vers l’exportation via la reconstitution d’une base industrielle solide, c’est-à-dire très liée à l’innovation et aux productions à forte valeur ajoutée.

La Chine pourrait devenir la première puissance mondiale, mais peut-être pas avant 2050. Elle est encore très loin des États-Unis.

Mondialisation et montée en puissance des pays émergents

Mondialisation, un processus inexorable…

– La mondialisation de l’économie progresse sans cesse, en termes de volumes d’échanges de marchandises ou de transactions financières. Elle concerne un nombre toujours plus grand de pays.

… qui engendre une concurrence généralisée

– Chaque entreprise est « en compétition avec tous, partout, pour tout ».

… qui profite plus aux pays émergents :

– Les pays émergents (comme la Chine, l’Inde, le Vietnam, le Brésil) ont des taux de croissance plusieurs fois supérieurs (même après la crise) à ceux des principaux pays développés.

– La concurrence des pays émergents ira en s’intensifiant dans les prochaines années, dans toutes les catégories de produits et services.

– Parmi les grandes entreprises mondiales, les multinationales issues de pays émergents acquièrent un poids significatif. Elles sont de plus en plus nombreuses, leur capitalisation progresse rapidement, et leurs performances sont plus vigoureuses que celles de la plupart des multinationales occidentales.

… et ouvre une courte fenêtre d’opportunité pour les entreprises des pays Occidentaux :

– Il devient impératif de s’implanter dans ces pays – sans renoncer à leur base nationale – pour profiter de leurs avantages concurrentiels spécifiques. C’est à cette condition qu’elles parviendront à protéger leurs marchés nationaux et à prendre une part des nouveaux marchés qui se développent, en Asie et en Amérique latine notamment.

Cette « fenêtre d’opportunité » qui existe aujourd’hui, sera limitée dans le temps. Des implantations ou des investissements relativement faciles aujourd’hui deviendront difficiles demain, quand ces pays auront atteint un niveau élevé d’intégration économique. L’Inde ou la Chine de demain pourraient bien suivre l’exemple du Japon en matière d’ouverture aux entreprises étrangères. On commence à le voir en Afrique de l’Est par exemple.

  • Quatrième partie : LE CULTUREL

Arriver à comprendre le monde actuel : l’hyper modernité

L’hyper-modernité en quatre traits fondamentaux : globalisation, particularismes, hyperconsommation, primauté de la technologie.

La culture est omniprésente :

– Dans le monde d’aujourd’hui, ce qui est classé dans le registre de la culture est partout, à la fois surabondant en quantité et en variété.

– Le débat entre « culture classique » et « culture moderne » est dépassé. La culture contemporaine est une culture de masse qui a ses caractéristiques propres et capte l’essentiel de l’activité culturelle sur toute la planète.

– Le phénomène culturel est aujourd’hui indissociable de sa production industrielle et de sa consommation marchande.

– L’américanisation de la culture est un fait accompli mais n’empêche pas, dans tous les pays, la multiplication d’initiatives locales et particulières.

L’individu est au centre du modèle culturel contemporain :

– Ce qui prime c’est l’accomplissement de soi.

– Le narcissisme est le côté obscur de la force et a des conséquences profondes sur la culture sociale et les structures (famille, mariage, couple, école, etc.).

– On cherche la gratification instantanée, axée sur accessibilité et facilité (cf. les téléréalités et les gloires éphémères).

La crise de l’école :

– Toutes les caractéristiques culturelles décrites ont des conséquences sur l’école, qui est d’une certaine manière, « l’institution par défaut » d’une société ou les institutions normatives d’hier sont défaites (famille, couple, mariage).

– L’école se retrouve dans une situation où, en plus de son rôle d’enseignement, elle doit assumer la responsabilité de devoir éduquer (au sens du rapport social) les élèves.

– Par ailleurs, dans une culture qui rêve de déconnecter l’apprentissage de la pénibilité qu’il implique, la formation scolaire connaît des ratés importants.

Mais au final les experts relèvent sans proposer de remède le malaise du monde hyper moderne : un profond sentiment de désorientation.

Google nous rend-il stupides ?

Les pratiques de lecture qu’engendre l’utilisation de Google et des autres moteurs de recherche font craindre à certains un changement dans notre mode de penser : nous deviendrons incapables d’une lecture et d’une concentration prolongées.

Il est plus probable que le mode de lecture sur Internet vient s’ajouter aux modes de lectures déjà existants (le livre, la revue savante, le magazine grand public, les quotidiens).

La baisse de la capacité d’attention dans les sociétés avancées est un phénomène qui s’observait déjà avant l’apparition d’Internet.

Il existe différentes populations de lecteurs, dont le mode de vie renforce ou affaiblit la capacité de concentration et/ou de lecture. Les heures passées à jouer à Super Mario ne prédisposent pas aux lectures prolongées.
La culture des réseaux sociaux

Plusieurs centaines de millions d’individus consacrent chaque jour une partie de leur temps à des réseaux sociaux sur Internet.

Les principales caractéristiques de cette vie virtuelle sont les suivantes :

– plus de communications et de connexions;

– plus de capacité d’agir en commun;

– une vraie contribution à la culture;

– un nouvel outil dans la vie professionnelle;

– pas plus de vrais amis qu’auparavant, des comportements sociaux différents;

– la personnalité de chacun prend des dimensions nouvelles sur Internet, pour le pire ou le meilleur.

  • Cinquième partie : LE TECHNOLOGIQUE

Les nanotechnologies

Les nanotechnologies permettent d’intervenir sur des structures à des échelles inférieures au cent millionième de millimètre, aussi bien sur le vivant que sur les objets.

Elles se déploient dans six directions : nanoélectronique, nanostructures passives, nanostructures actives, assemblage de nanosystèmes, nanostructures moléculaires atomiques et nanosystèmes autorépliquants.

Les risques liés aux nanotechnologies sont passés sous silence mais ne diffèrent guère des risques de toute innovation, conséquences sanitaires, et sur libertés individuelles, enfin dérives possibles dans l’usage de ces technologies.

Les perspectives économiques : dans un scénario optimiste, le chiffre d’affaires des nanotechnologies pourrait être de l’ordre de 23 milliards de $US en 2015; mais un scénario pessimiste considère qu’il ne dépassera pas un milliard de $US à cette date.

Les différents segments de l’industrie sont les « nano devices », les nanobios, les matériels et les outils. Les produits pharmaceutiques, électroniques ou de procédés chimiques devraient prendre de l’importance.

Les nanotechnologies sont fortement soutenues par les États (près d’un milliard de dollars aux États-Unis en 2003).

Selon les experts, ce secteur fournirait environ deux millions d’emplois dans le monde en 2015.

Les biotechnologies

Les biotechnologies couvrent un champ immense, investi depuis longtemps par les chercheurs et les entreprises du monde entier.

Les risques sont les mêmes que pour les nanotechnologies, mais il faut rajouter le risque de rejet de la part du public, très sensible à tout ce qui touche aux manipulations génétiques.

Les perspectives économiques.

– Il n’est pas aisé d’évaluer le chiffre d’affaires de l’industrie des biotechnologies dans le monde.

– Les spécialistes utilisent comme indicateurs de la vitalité du secteur le nombre d’entreprises d’un pays donné qui font de la RD dans ce domaine (Les trois premiers : États-Unis (3301 entreprises), Japon (1007), France (824) et le nombre de demandes de brevets (Les États-Unis représentent 41,5 % de toutes les demandes de brevets en biotechtonogie pour 2006). Autre indice de vitalité. Les investissements en capital de risque : 8 064 millions de $US en 2007 pour les 27 pays pour lesquels on dispose d’informations.
La généralisation des technologies de l’Information

La généralisation des TIC est un phénomène mondial qui a un impact majeur sur la croissance économique et la recomposition des échanges de marchandises et de services, l’organisation des entreprises et les pratiques d’affaires.

Le phénomène du Web 2.0, qui correspond à une extension des capacités d’Internet vers plus de collaboration et d’échanges via les réseaux sociaux et des applications disponibles en ligne, gagne la vie professionnelle et les entreprises après avoir été d’abord adopté par les individus.

Grâce aux TIC, l’entreprise, même de petite taille, peut gérer une partie de ses activités en réseaux dans des sites éloignés les uns des autres; ce que nous appelons le passage de l’entreprise « boîte » à l’entreprise « nuage ».

Dans le cadre de l’entreprise, les fonctions liées à l’intranet peuvent avoir un développement considérable, de la production au marketing en passant par les approvisionnements et les ressources humaines.

Dans l’écosystème TIC/Internet, toutes les activités de l’entreprise, les employés à l’intérieur de l’entreprise et leurs interlocuteurs à l’extérieur sont dans une relation qui mêle communication d’information et production de biens ou de services.

  • Sixième partie : LE RÉGLEMENTAIRE

Déréglementation : effets positifs et/ou pervers

Le monde connaît de très importants phénomènes de déréglementation depuis une vingtaine d’années, ce qui a contribué à la croissance mondiale.

Ces déréglementation ont eu parfois des effets nocifs (télécoms, banques, finances), dont certains ont été corrigés.

Les déréglementations ou la privatisation de certaines activités du secteur public, font apparaître de nouvelles réglementations et de nouveaux contrôles, qui viennent corriger les excès qui apparaissent.

Après la crise financière de 2008, un consensus semble se dégager pour une nouvelle réglementation de la sphère financière. Il n’est pas sûr qu’un contrôle sensiblement plus sévère puisse être imposé aux banques et encore moins aux établissements financiers qui n’ont pas le statut de banques.
L’organisation internationale de la planète

Les différentes nations du monde se sont organisées sur le modèle du multilatéralisme – comme l’ONU – qui permet aux États qui le veulent de coopérer sur certains sujets en conservant leur totale souveraineté sur tous les autres.

Dans le contexte de l’intensification des relations internationales liée à la mondialisation, des organisations comme l’OMC ou le FMI jouent un rôle croissant.

L’Union européenne applique quant à elle un modèle supranational, dans lequel les États membres ont concédé une partie de leur souveraineté et se plient aux réglementations définies par la Commission européenne et le Parlement européen.

Compte tenu de son poids économique qui est égal ou légèrement supérieur à celui des États-Unis, les normes édictées par l’Union européenne ont tendance à s’imposer au niveau mondial.

  • Septième partie : L’ENVIRONNEMENTAL

1. La menace sur l’environnement

La fin de la croissance sans fin

Toutes les données disponibles convergent vers une conclusion inquiétante : l’humanité ne pourra conserver son modèle de croissance indéfiniment. Soit le rythme, soit la nature de cette croissance, ou les deux, vont devoir changer.

– L’eau manque à l’échelle du globe et sa pollution augmente;

– La terre épuise ses ressources et perd son couvert végétal et forestier;

– Selon certains experts, la pollution de l’air nous réserve un rendez-vous mortel en 2030, si d’ici là nous n’avons pas réduit notre production de gaz à effet de serre, la planète sera incapable de recycler suffisamment le CO2 présent dans l’atmosphère pour empêcher qu’elle ne s’empoisonne progressivement.

Le développement durable

La nécessité de trouver les voies et les moyens d’un développement durable à l’échelle de la planète fait l’objet d’une prise de conscience au niveau planétaire (Sommet de Copenhague).

Les nuisances qui minent la planète rappelées plus haut sont bien connues mais les moyens d’y remédier le sont aussi, au point qu’industries et technologies environnementales constituent aujourd’hui des secteurs extrêmement prometteurs.

Toutefois, sans des réglementations plus contraignantes et une volonté politique forte à tous les niveaux, le défi ne peut être relevé. Sous la pression grandissante de la société privée, les États passent progressivement à l’action, après avoir traîné les pieds.


2. L’énergie : en attente de révolution !

Les énergies fossiles

La consommation d’énergie primaire augmente de 1,6 % par an en moyenne sur la période 2006-2030, soit une augmentation de 45 %.

– La Chine, l’Inde, les pays non OCDE, représenteront 80% de cette croissance.

– La demande en pétrole croît de 1 % par an en moyenne.

– La demande de gaz naturel croît de 1,8 % par an.

– La demande charbon croît de 2 % par an.

– La demande en énergie nucléaire pourrait baisser de 5 % sur la période; mais les projections ne prennent pas en compte le regain d’intérêt pour le nucléaire observé récemment.

Les spécialistes considèrent que les secteurs du pétrole et du gaz vont souffrir d’un manque d’investissement dans les années à venir, alors que ces investissements seraient nécessaires pour répondre aux besoins.

Les questions qui portent sur la quantité et la qualité des réserves en pétrole et en gaz divisent les spécialistes. Pour le pétrole, les réserves devraient permettre d’approvisionner la planète (au rythme de consommation actuel) pendant encore 40 ans; on parle de 60 ans pour le gaz.

Version imprimableVersion imprimable