Paul Jorion, chroniqueur du XXIe siècle
21 mars 2010 - 17:19
Paul Jorion sera, le 22 avril prochain, le conférencier invité de l’événement Focus Stratégique Québec 2010. M. Jorion est, au meilleur sens du terme, un «électron libre». Son parcours ne ressemble à aucun autre et son succès – qui fait de lui l’un des commentateurs les plus recherchés de la crise profonde que traverse l’économie – non plus. En février dernier, son blog - http://www.pauljorion.com/blog - a enregistré 260 000 connexions après deux ans d’existence seulement. Pour un blog francophone qui traite des subprimes, des manipulations financières et de la dette des États, c’est un score exceptionnel. Chaque semaine, le vendredi, l’auteur s’installe devant son ordinateur et se filme un petit clip vidéo (techniquement très amateur) intitulé Le temps qu’il fait, dans lequel il commente l’actualité économique. On y découvre un homme d’une soixantaine d’années au sourire discret et aux cheveux blancs, qui s’exprime d’une voix feutrée et déroule, dans un style apparemment improvisé, un raisonnement impeccable et parfois dévastateur. Rien n’est fait, dans ses interventions ou dans ses chroniques, pour ménager le «politiquement correct». De l’analyse des faits qui sont apparents à tous, il passe aux raisons profondes des événements, aux intentions possibles, mais cachées, des principaux acteurs. Sans faire de prédiction, il essaie d’anticiper l’évolution des choses. Aussi le lit-on non seulement pour ce qui se passe aujourd’hui mais aussi pour les fenêtres qu’il nous ouvre sur le futur. Mais alors, d’où vient l’oracle ? D’un parcours très «moderne», dans lequel s’entrecroisent les disciplines, les séjours à l’étranger et les postes à responsabilité (à la FAO par exemple); avec toujours un certain talent pour rester un peu en dehors du mainstream et des reconnaissances officielles. Anthropologue de formation, Paul Jorion a été l’élève de Claude Lévi-Strauss, mais aussi du mathématicien Guilbaud. Sa principale contribution à ce domaine aura été de faire progresser la modélisation algébrique des systèmes de parenté… Il collectionnera ainsi les sujets ésotériques et scientifiques, bien avant de s’intéresser à Wall Street. En 1984, il cosigne un ouvrage sociologique et épistémologique consacré à la transmission des savoirs empiriques traditionnels, dans un milieu de pêcheurs en l’occurrence. Il passe ensuite à l’intelligence artificielle en travaillant en 1989 pour British Telecom, pour qui il développera ANELLA, un logiciel d’intelligence artificielle guidée par une dynamique d’affect. Les lecteurs qui pensent pouvoir l’accompagner dans les arcanes de cette discipline liront son livre Principes des systèmes intelligents (paru en 1990 chez l’éditeur scientifique Masson)… La psychanalyse tient une place dans ce livre comme dans les réflexions du groupe de recherche en sciences cognitives qu’il fonde en 1993, nommé Théorie et clinique des pathologies de la pensée. Fort heureusement pour le commun des mortels que nous sommes, Paul Jorion s’oriente ensuite vers des domaines qui nous sont plus familiers, ceux de l’économie et de la finance. 2004 : il annonce la crise à venir En 1997 il s’installe aux États-Unis où il travaillera jusqu’en 2007 dans les milieux financiers, sans pourtant abandonner complètement sa carrière universitaire. Il a en effet enseigné dans les universités de Bruxelles, Cambridge, Paris VIII, et on le retrouve au cours de cette période chercheur associé à l’université de Californie à Los Angeles. Mais sa principale activité aux États-Unis aura pour cadre le milieu bancaire américain, en tant que spécialiste de la formation des prix, après qu’il ait été trader sur le marché des futures dans une banque française. En 2003 il publie Investing in a Post-Enron World et, en 2004, il écrit La crise du capitalisme américain… qu’aucun éditeur français ne veut publier! Le livre sort malgré tout en 2007 et l’auteur publiera en 2008 L’implosion. La finance contre l’économie: ce que révèle et annonce la «crise des subprimes» puis, en 2008 La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire. Tel est l’esprit aiguisé qui se cache sous l’apparence bonhomme des chroniques du Temps qu’il fait. C'est une rencontre à ne pas manquer. Alain-Marie Carron P.S.: Ce que l'on pourrait appeler le «site officiel» de Paul Jorion est à l'adresse suivante : http://www.pauljorion.com . Il y présente ses différents domaines d'activité.
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